@-Brest est un site participatif et de débats de Citoyenneté et Nouvelles technologies
Le contexte
Exceptionnellement cette rencontre animateurs s'inscrit dans le cadre d'un projet régional dans lequel le réseau des EPN du Lyonnais s'est impliqué depuis plusieurs mois.
Proposée par l'association Fréquence Ecoles, cette journée s'insère dans un cycle régional soutenu par la Région Rhône-Alpes, la DRJSCS, le CRIJ et le réseau CORAIA.
Dans le Rhône, le projet a été mené avec le concours de la DDCS, le Conseil Général et le réseau des Espaces Publics Numériques du Lyonnais.
(Plaquette d'information et invitation et site officiel des rencontres départementales)
Cette journée sera l'occasion de partager et d'échanger sur les questions éducatives autour « des pratiques des jeunes sur internet. »
Elle se veut un temps d'échanges et de rencontres sur la question des pratiques numériques des jeunes ouverte à tous les professionnels en contact avec la jeunesse : éducateurs, animateurs multimédia, enseignants, documentalistes, parents, associations etc.
Au programme
Inscriptions
Vous souhaitez participer à cette rencontre ? Inscrivez-vous en ligne via le formulaire à votre disposition.
Informations pratiques
Maison des Famille (grande salle)
60 impasse Gaston-Teissier
69400 Villefranche-sur-Saône
TIC, précarité & accès à la citoyenneté – 30 janvier – Lyon
A l'initiative de Doc Forum et de l'Atelier des Médias, une rencontre permettra un échange de pratiques, des retours d'expériences et des témoignages.
Cette rencontre se déroulera à l'Atelier des médias de 17:30 à 19:30.
Les organisateurs présentent ainsi cette rencontre:
« Les Tic ce n'est plus à prouver contribuent à l'éducation, au développement économique en permettant de sortir de l'isolement elle renforce le lien social, favorise l'égalité des chances, et le développement durable, elle permette à chaque citoyen de s'investir et participer activement au débat public.
La société de l'information doit prendre en compte les besoins de tous les citoyens et doit permettre à chacun d'y contribuer, mais comment ne pas fabriquer de nouveaux « laisser pour compte » ?
Pratiques, retours d'expériences, témoignages ATD Quart monde et le projet NTIC Nord Pas de Calais et Bondy Blog
Jean ROUBELAT et Gaëtane LANCIAUX - Maison Quart Monde de Lille
Depuis une dizaine d'années, des membres du Mouvement Atd Quart Monde participent à des expériences de démocratie participative originales en région Nord-Pas-de-Calais, au sein de conseils de quartier, de conseils municipaux, du Conseil Communal de Concertation de Lille, de comités d'habitants et d'usagers de services publics, comité d'éthique, etc. Dans ces différentes instances, ces personnes représentent les habitants vivant dans la pauvreté et l'exclusion.
Les expériences d'ATD Quart Monde ont atteint aujourd'hui un niveau de maturité Le but du projet est de former ces membres d'Atd Quart Monde en Nord-Pas-de-Calais et de les rendre autonomes pour qu'ils puissent, à l'aide des TIC, faire connaître leurs pratiques de démocratie participative afin qu'elles se développent ailleurs, devenir des usagers réguliers d'outils auxquels ils n'ont guère accès et peser dans le débat public local en prenant la parole sur Internet.
Lyon Bondy Blog, média en ligne qui a pour objectif de raconter les quartiers populaires et de faire entendre leur voix dans le grand débat national, Pascale Lagahe,journaliste .
Cette rencontre se déroulera à l'Atelier des médias, 9 quai Lassagne, 69001 Lyon, le 30 janvier de 17:30 à 19:30.
Métro/bus: Hôtel de Ville
Au regard du droit d'auteur, entre dans le domaine public une œuvre dont les droits patrimoniaux sont échus, soit généralement 70 ans après la mort de l'auteur. L'œuvre peut alors être réutilisée librement, sous réserve des droits moraux de l'auteur. Voilà qui semble simple à appliquer.
Or, le calcul permettant de fixer le moment où l'œuvre passe dans le domaine public s'avère souvent complexe (voir là aussi) et on constate que le domaine public, qui joue pourtant un rôle essentiel pour l'économie et la société, tend à se réduire.
Fêter le domaine public le 1er janvier, lorsque certains auteurs, morts depuis plus de 70 ans, y pénètrent, voilà une excellente occasion d'attirer l'attention sur ces questions. Tel fut l'objet d'une conférence organisée jeudi dernier par Wikimédia France, Communia et Creative Commons France.
Un domaine public pour favoriser la création et l'innovation
Pour le prouver plusieurs exemples évoqués. Parmi ceux-ci, on citera les projets menés par Wikimédia, sources de multiples développements, projets qui reposent sur le domaine public ou la libre réutilisation des œuvres placées sous une licence Creative Communs forçant le partage. On rappellera volontiers aussi que, dans le passé, la copie par des graveurs des œuvres de grands maîtres a joué un rôle majeur dans la diffusion de l'art et la vocation de nombreux créateurs. Exemple moins connu, sans doute, mais édifiant, les copies du Nosferatu de Murnau, diffusées illégalement car condamnées par la justice à être détruites, sur la plainte de la veuve de Bram Stoker, l'auteur de l'ouvrage Dracula, copies qui ont donné lieu ensuite à bien d'autres créations.
Dans un autre champ, ce sont des données publiques utilisées par Regards Citoyens pour créer des outils d'aide à la citoyenneté, en l'occurrence une connaissance du Parlement, accessibles à tous.
Le domaine public joue donc un rôle majeur pour l'éducation, la culture et la politique. Le domaine public, a-t-il été dit aussi, c'est ce qui « permet de créer une culture commune au niveau mondial, c'est une vision de la connaissance au-delà d'une élite ». Il faut donc le préserver.
Comment préserver le domaine public ?
Information, technique, action politique …, on retrouve la trilogie habituelle.
Simple et efficace, une liste des auteurs qui entrent dans le domaine public le 1er janvier de l'année venant de débuter, afin de promouvoir la réutilisation de leurs œuvres.
La technique peut s'avérer utile, lorsqu'elle crée des outils comme ce Public Domain calculator, calculateur automatique de l'expiration des droits attachés à un type d'œuvre (livre, audiovisuel, …), fondé sur un arbre de décision bâti sur les règles de la durée des droits de chaque pays européen. Certes, les réponses données par le calculateur ne pas sont pas encore suffisamment précises, les métadonnées bibliographiques qui l'alimentent étant inadaptées ou incomplètes [1]. Mais le web de données qui fait sortir les données des silos où elles sont enfermées, et les rend interopérables et interprétables par les machines, offre des perspectives intéressantes, surtout si les données bibliographiques sont libérées des conditions juridiques qu'imposent encore certains de leurs propriétaires. Fort heureusement, bon nombre de bibliothèques ont déjà adopté des licences libres, telles que Creative Commons Zéro et ouvert leurs catalogues. Ces métadonnées libérées doivent être à présent reliées, y compris avec des celles qui sont proposées par d'autres acteurs. A cet égard, un bel exemple est donné par DBpédia qui interconnecte Wikipédia avec d'autres bases de données.
Le domaine public n'est défini qu'en en creux dans le code de la propriété intellectuelle. Il semble ainsi n'avoir aucune valeur juridique et économique. Le projet Communia a joué un rôle majeur en lui donnant une définition positive dans son Manifeste. Communia étant un projet soutenu par la Commission européenne, celle-ci devrait, comme elle l'avait fait dès 2008 avec son livre vert sur le droit d'auteur dans l'économie de la connaissance (voir aussi là ou là) accorder une attention particulière à la libre réutilisation des œuvres, dans un cadre non commercial, soit des pour des usages privés ou pédagogiques.
Ne serait-il pas opportun aussi de changer les règles du droit d'auteur actuelles, en fixant une date butoir qui feraient « tomber » dans le domaine public toutes les publications antérieures à une date donnée (par exemple avant 1920) [2] , date qui glisserait ensuite au fil des ans ? Ne conviendrait-il pas non plus d'harmoniser et de simplifier les règles applicables aux œuvres [3] rendant ainsi le droit d'auteur plus lisible pour le public, ce qui lui donnerait une meilleure crédibilité ?
L'harmonisation, ajouterai-je, devrait se faire au niveau mondial aussi, car les différences se traduisent quelquefois par des situations paradoxales [4], dont l'aberration est manifeste à l'heure de la mondialisation [5]. Le paysage devient rapidement ubuesque quand il s'agit de calculer les droits pour des œuvres de multiples origines, comme doit le faire Wikipédia.
Pourquoi ne pas imaginer aussi, à l'instar de Michel Jarre, que les œuvres soient protégées comme des marques par un dépôt et une rémunération annuelle pendant 10 ans, renouvelable indéfiniment par leurs ayants droit, mais à défaut, tomberaient dans le domaine public ? A condition d'évaluer l'impact économique et pour la société d'une telle disposition qui va à l'encontre des règles de la convention de Berne, qui n'impose aucun dépôt pour arguer d'une protection. La décision d'étendre la durée des droits voisins des œuvres sonores de 50 à 70 ans ne s'est-elle pas faite en dépit des études qui soulignaient les conséquences négatives pour l'intérêt public ?
Et des batailles à gagner, comme un droit de citation appliqué à l'image afin de pouvoir illustrer des œuvres à des fins pédagogique et d'information, voire pour un droit de réutiliser des œuvres pour des usages non commerciaux (mash-up, remix) alors que l'image qui comme le son d'ailleurs, « grammaire des jeunes générations », fait toujours l'objet de réticences particulièrement fortes.
Il est plus que jamais important de promouvoir le domaine public « par le haut » en le faisant entrer dans les textes au niveau international le plus élevé, mais aussi « par le bas », lorsque « les pratiques d'internet rebattent les cartes du juridique ».
Bien d'autres choses ont été dites lors de cette conférence … ce n'est qu'un angle parmi d'autres que j'ai choisi de mettre en exergue.
Illustr. J'ai peiné à trouver sur Europeana une œuvre qui soit librement reproductible. En voici une proposée par The Wellcome Library sous une licence CC by-nc. Zuleika. Photograph by Julia Margaret Cameron, c.1864/1867, l'occasion d'attirer l'attention sur Julia Cameron, photographe que j'apprécie depuis fort longtemps.
Notes
[1] Ainsi, par exemple, la définition de l'œuvre anonyme par un bibliothécaire diffère de celle du juriste et les fiches bibliographiques ne mentionnent pas les œuvres dérivées ; on y trouve métadonnées de l'auteur du texte principal mais pas celles e l'auteur de la préface,; indique-t-on qu'un auteur est mort pour la France, donnant ainsi 30 ans de protection supplémentaire ?
[2] On note volontiers que la proposition de loi sur les livres indisponibles fixe une date butoir, le 1er janvier 2001, pour fixer le champ des livres indisponibles (dans le commerce) couvert par le champ de la loi.
[3] On a bien ri en découvrant le graphique retraçant les règles fixant la durée des droits en Roumanie, mais les règles adoptées en France ne sont guère plus simples.
[4] Des œuvres françaises tombées dans le domaine public au Canada, pays où la protection prend fin 50 ans après la mort de l'auteur, mais pas en France [1]. Des œuvres d'auteurs étrangers encore protégées aux États-Unis mais qui ne le sont plus dans leurs pays [2].
[5] A condition aussi de ne pas systématiquement envisager d'adopter les règles de protection les plus élevées, la libre réutilisation des œuvres, y compris par des acteurs commerciaux, et de tenir compte ainsi des impacts positifs de l'usage libre des œuvres.
Il y a un mois Cory Doctorow a donné une conférence remarquable et remarquée lors du fameux CCC de Berlin.
Tellement remarquée qu'il a décidé d'en faire a posteriori un long mais passionnant article dont nous vous proposons la traduction aujourd'hui (merci @ricomoro)[1].
La guerre contre le copyright préfigure une guerre totale contre les ordinateurs et donc nos libertés d'utilisateurs. C'est pourquoi il est fondamental de la gagner…

Lockdown - The coming war on general-purpose computing
Cory Doctorow - 10 janvier 2012 - BoingBoing
(Traduction Framalang : Don Rico - Relecture : Goofy)
Cet article reprend une intervention donnée au Chaos Computer Congress de Berlin, en décembre 2011.
Les ordinateurs sont époustouflants. À tel point que notre société ne sait toujours pas très bien les cerner, peine à comprendre exactement à quoi ils servent, par quel bout les prendre, et comment se débrouiller avec. Ce qui nous ramène à un sujet sur lequel on a écrit ad nauseam : le copyright.
Mais je vous demande un peu de patience, car je vais aborder ici une question plus importante. La forme que prend la guerre contre le copyright présage d'un combat imminent qui se livrera pour le destin de l'ordinateur lui-même.
Aux débuts de l'informatique grand public, nous achetions les logiciels dans des emballages et nous échangions des fichiers de la main à la main. On trouvait les disquettes dans des sachets hermétiques, dans des cartons, alignées dans des rayons à la façon des paquets de gâteaux et des magazines. Rien n'était plus facile que de les dupliquer, la copie était très rapide et très répandue, au grand dam des concepteurs et des vendeurs de logiciels.
Arrivent les verrous numériques (les DRM), dans leurs formes les plus primitives – nous les appellerons DRM 0.96. Pour la première fois, on eut recours à des marqueurs physiques – dégradation délibérée, dongles, secteurs cachés – dont le logiciel contrôlait la présence, ainsi qu'à des protocoles défi-réponse qui nécessitaient de posséder des modes d'emploi encombrants et difficiles à copier.
Ces mesures échouèrent pour deux raisons. Premièrement, elles connurent une grande impopularité commerciale, car elles réduisaient l'utilité du logiciel pour ceux qui le payaient. Les acquéreurs honnêtes voyaient d'un mauvais œil que leurs sauvegardes ne soient pas utilisables, n'appréciaient guère de perdre un de leurs ports, déjà rares, à cause des clés matérielles d'autentification, et s'irritaient de devoir manipuler de volumineux modes d'emploi lorsqu'ils souhaitaient lancer leur logiciel. Deuxièmement, ces mesures ne découragèrent pas les pirates, pour qui patcher le logiciel et contourner l'authentification était un jeu d'enfant. L'effet fut nul sur ceux qui se procuraient le logiciel sans le payer.
En gros, cela ce passait ainsi : un programmeur, possédant du matériel et des compétences du même niveau de sophistication que l'éditeur du logiciel, décortiquait le programme par rétro-ingénierie et en diffusait des versions crackées. Un tel procédé peut paraître très pointu, mais en fait, il n'en était rien. Comprendre le fonctionnement d'un programme récalcitrant et contourner ses défauts constituaient les compétences de base de tout programmeur, surtout à l'époque des fragiles disquettes et des débuts balbutiants du développement logiciel. Les stratégies destinées à combattre la copie devinrent plus inutiles encore lorsque les réseaux se développèrent. À l'apparition des BBS, services en ligne, newsgroups Usenet et listes de diffusion, le résultat du travail de ceux qui parvenaient à surmonter les systèmes d'authentification put être distribué sous forme de logiciel, dans de petits fichiers de crack. Lorsque les capacités du réseau s'accrurent, on put diffuser directement les images disque ou les exécutables crackés.
Vinrent alors les DRM 1.0. En 1996, il devint évident dans les lieux de pouvoir qu'un bouleversement d'envergure allait se produire. Nous allions entrer dans une économie de l'information, sans qu'on sache trop ce qu'était ce machin. Nos élites supposèrent que ce serait une économie où l'on achèterait et vendrait de l'information. La technologie de l'information améliore l'efficacité, alors imaginez un peu les marchés potentiels qui s'offraient à nous ?! On allait pouvoir acheter un livre pour une journée, vendre le droit de visionner un film pour un euro, puis louer le bouton pause pour un centime la seconde. On allait pouvoir vendre des films à un certain prix dans un pays, à un prix différent dans un autre, etc. Les fantasmes de l'époque ressemblaient à une adaptation SF ennuyeuse du Livre des Nombres de l'Ancien Testament, une énumération fastidieuse de toutes les combinaisons possibles de ce qu'on fait avec l'information, et combien chacune allait être facturée.
Hélas pour eux, rien de tout cela n'était possible à moins de pouvoir contrôler la façon dont nous utilisions nos ordinateurs, et les fichiers que nous y transférions. En fait, il était facile d'envisager de vendre à quelqu'un des morceaux de musique à télécharger sur un lecteur MP3, mais plus compliqué d'envisager le droit de transférer une chanson du lecteur vers un autre appareil. Comment en effet en empêcher les acheteurs une fois qu'on leur a vendu le fichier ? Pour cela, il fallait trouver un moyen d'interdire aux ordinateurs d'exécuter certains programmes, d'inspecter certains fichiers et processus. Par exemple, pourquoi ne pas chiffrer le fichier, puis exiger de l'utilisateur qu'il le lise avec un lecteur audio qui ne le déverouillerait que sous des conditions précises ?
Mais là, comme on dit sur internet, on se retrouve avec deux problèmes.
Il faut à présent empêcher l'utilisateur d'enregistrer le fichier après qu'il a été déchiffré – ce qui se produira un jour ou l'autre –, et faire en sorte que l'utilisateur ne découvre pas où le programme de déverrouillage entrepose ses clés, ce qui lui permettrait de déchiffrer le média de façon permanente et se débarrasser une bonne fois pour toutes de leur lecteur audio à la con.
Voilà donc un troisième problème : il faut empêcher les utilisateurs qui parviennent à déchiffrer le fichier de le partager. Un quatrième problème se pose alors, car ces utilisateurs qui réussissent à arracher leurs secrets aux programmes de déverrouillage, il faut les empêcher d'expliquer à d'autres comment procéder. S'ajoute au tout un cinquième problème, parce que les utilisateurs qui comprennent comment extraire ces secrets, il faut les empêcher de les dévoiler à d'autres !
Ça fait un paquet de problèmes. Mais en 1996, on trouva la solution. L'Organisation mondiale de la propriété intellectuelle des Nations Unies signa le Traité de l'OMPI sur le droit d'auteur. Ce traité engendra des lois qui rendaient illégal d'extirper les clés secrètes des programmes de déverrouillage, d'extraire des fichiers média (tels que des chansons ou des films) de ces programmes de déverrouillage lors de leur fonctionnement. On vota des lois qui rendaient illégal d'expliquer à ses pairs comment extirper les clés secrètes des programmes de déverrouillage, ainsi que d'héberger ces mêmes clés ou des œuvres placées sous copyright. Grâce à ce traité, on mit également en place un procédé bien ficelé et fort commode qui permet de faire retirer du contenu d'internet sans avoir à se coltiner avocats, juges, et tous ces emmerdeurs.
Après quoi, la copie illégale fut éradiquée, l'économie de l'information s'épanouit pour devenir une fleur splendide qui apporta la prospérité au monde entier. Comme on dit sur les porte-avions, « Mission accomplie ».
Non. Ce n'est pas ainsi que l'histoire se termine, bien sûr, car presque tous ceux qui maîtrisaient les ordinateurs et les réseaux comprirent que ces lois allaient créer plus de problèmes qu'elles ne pourraient en résoudre. Après tout, ces lois rendaient illégal le fait de regarder dans le ventre de son ordinateur pendant qu'il exécutait certains programmes. À cause d'elles, il était illégal de raconter à d'autres ce qu'on avait découvert sous le capot, et plus facile que jamais de censurer des fichiers sur internet sans devoir justifier d'une infraction.
En résumé, ces lois soumettaient des exigences irréalistes à la réalité, qui a refusé de s'y plier. Depuis le vote de ces lois, il est au contraire devenu plus facile de copier – et cette tendance ne s'inversera jamais. Il ne sera toujours plus aisé de copier demain qu'aujourd'hui. Vos petits-enfants vous demanderont : « Raconte-moi encore, papi, comme c'était compliqué de copier des fichiers, en 2012, quand on n'avait pas de disque de la taille d'un ongle sur lequel on peut stocker tous les albums jamais enregistrés, tous les films jamais tournés, tous les textes jamais écrits, toutes les photos jamais prises, absolument tout, et les transférer en un temps si court qu'on ne s'en rend même pas compte ! »
La réalité reprend toujours ses droits. Il existe une comptine dans laquelle une femme gobe une araignée pour attraper une mouche, avale ensuite un oiseau pour attraper l'araignée, et enfin un chat pour attraper l'oiseau. Il en va de même pour ces réglementations, qui semblent très prometteuses sur le papier, mais se révèlent désastreuses une fois appliquées. Chaque régulation en engendre une nouvelle, qui ne vise qu'à colmater ses propres manquements.
La tentation est forte d'interrompre ici mon récit et de conclure que le problème vient des régulateurs, qui seraient soit idiots, soit mal intentionnés, voire les deux à la fois. C'est une voie qu'il ne serait pas satisfaisant d'emprunter, parce qu'il s'agirait au fond d'un aveu d'impuissance. Cela laisserait entendre que nos problèmes ne peuvent être résolus tant que stupidité et mauvaises intentions n'auront pas été écartés des lieux de pouvoirs, autant dire jamais. En ce qui me concerne, j'ai une théorie différente pour expliquer ce qui s'est passé.
Le problème, ce n'est pas que les législateurs n'entendent rien aux technologies de l'information, parce qu'il devrait être possible qu'un non spécialiste parvienne à rédiger une bonne loi. Parlementaires, membres du Congrès et autres hommes politiques sont élus pour représenter des circonscriptions et des citoyens, pas pour s'occuper de disciplines et de questions pointues. Nous n'avons pas un secrétaire d'État à la biochimie, ni un sénateur issu du magnifique État qu'est l'urbanisme. Pourtant, ces personnes, qui sont des experts de la politique et de l'élaboration des lois, et pas de disciplines techniques, réussissent malgré tout à établir des règles sensées. C'est parce que le gouvernement s'appuie sur l'heuristique : une approche empirique qui permet d'équilibrer les contributions d'experts apportant leur avis sur différents aspects d'une question.
Hélas, il existe un point sur lequel la technologie de l'information est supérieure à cette heuristique, et la bat même à plates coutures.
Il existe deux conditions importantes pour déterminer si une régulation est pertinente : d'abord, il faut savoir si elle sera efficace, et ensuite, si ses effets s'étendront au-delà de ce pour quoi elle a été conçue. Si je voulais que le Congrès, le Parlement, ou l'UE préparent une loi réglementant l'usage de la roue, il est peu probable que j'y parvienne. Si je me présentais en avançant que les braqueurs de banque s'enfuient toujours dans un véhicule à roues, et demandais si on peut y remédier, on me répondrait non. Pour la simple raison qu'on ne connaît aucun moyen de fabriquer une roue qui reste utilisable pour un usage licite, mais soit inutilisable pour les bandits. Il est évident pour tous que le bénéfice général des roues est si grand qu'il serait idiot de s'en passer, dans une tentative farfelue d'enrayer les braquages. Même si l'on connaissait une flambée de braquages – et même s'ils mettaient en péril la société –, personne ne songerait que s'en prendre aux roues puisse être un bon point de départ pour résoudre nos problèmes.
En revanche, si je me présentais dans cette même institution, déclarais posséder la preuve irréfutable que les kits mains-libres rendent les voitures dangereuses, et que je demandais une loi les interdisant, il n'est pas impossible que le régulateur prenne ma requête en compte et agisse sur la question.
On pourrait débattre de la légitimité de cette idée, du caractère sensé de mes preuves, mais très peu d'entre nous pourrions avancer que si l'on retire les kits main-libre, une voiture cesse d'être une voiture.
Nous sommes d'accord pour dire qu'une voiture reste une voiture si nous en retirons des accessoires. Les automobiles sont des engins à but précis, du moins si on les compare à la roue, et le seul apport d'un kit mains-libres, c'est une fonction supplémentaire ajoutée à une technologie déjà spécialisée.
De manière générale, cette approche empirique est efficace pour le législateur, mais elle devient caduque pour la question de l'ordinateur et du réseau généralistes – le PC et l'internet. Si l'on considère un logiciel comme une fonction, un ordinateur équipé d'un tableur a une fonction tableur, et un autre qui ferait tourner World of Warcraft aurait une fonction MMORPG. En appliquant la méthode heuristique, on pourrait penser qu'un ordinateur ne pouvant exécuter des feuilles de calcul ou des jeux ne constituerait pas davantage une atteinte à l'informatique qu'une interdiction des kits mains-libres ne le serait pour les voitures.
Et si l'on considère les protocoles et les sites web comme des fonctions du réseau, alors demander à modifier l'internet pour que BitTorrent n'y fonctionne plus ou que The Pirate Bay n'y apparaisse plus, cela n'est pas très différent de vouloir changer la tonalité du signal de ligne occupée, ou de déconnecter la pizzeria du coin du réseau téléphonique, et n'équivaut pas à une remise en question des principes fondamentaux de l'internet.
La méthode empirique fonctionne pour les voitures, les maisons, et tous les autres domaines majeurs des réglementations technologiques. Ne pas comprendre qu'elle n'est pas efficace pour l'internet, ce n'est pas être quelqu'un de mauvais, ni un ignare. C'est faire partie de la grande majorité de la population, pour qui le Turing-complet et le principe de bout-à-bout ne veulent rien dire.
Nos législateurs se lancent donc et votent allègrement ces lois, qui intègrent la réalité de notre univers technologique. Soudain, nous n'avons plus le droit de diffuser certaines séries de chiffres sur internet, il est interdit de publier certains programmes, et pour faire disparaître des fichiers licites du réseau, une simple accusation d'infraction au droit d'auteur suffit. Ces mesures échouent à atteindre l'objectif de la réglementation, car elles n'empêchent personne d‘enfreindre le copyright, mais de façon très superficielle, elles donnent l'impression que l'on fait respecter le droit d'auteur – elles satisfont au syllogisme de la sécurité : « Il faut prendre les mesures nécessaires, je prends des mesures, donc le nécessaire à été fait. » Résultat, au moindre échec, on peut prétendre que la réglementation ne va pas assez loin, au lieu de reconnaître qu'elle était inefficace depuis le début.
On retrouve ce genre de similarité superficielle et d'opposition sous-jacente dans d'autres domaines. Un de mes amis, autrefois cadre supérieur dans une grosse entreprise de biens de consommation courante, m'a raconté ce qui s'est passé lorsque les membres du service marketing avaient annoncé aux ingénieurs qu'ils avaient trouvé une idée formidable pour une lessive : désormais, ils allaient fabriquer une lessive grâce à laquelle les vêtements sortiraient plus neufs à chaque lavage !
Après avoir tenté sans succès d'expliquer au service marketing la loi de l'entropie, ils parvinrent à une autre solution : ils conçurent une lessive contenant des enzymes qui attaquaient les fibres éparses, celles-là mêmes qui donnent un aspect usé aux vêtements. À chaque machine, le linge paraissait plus neuf. Malheureusement, cela se produisait parce que le détergent digérait les habits. En l'utilisant, on condamnait littéralement le linge à se désagréger.
C'était évidemment l'inverse du but recherché. Au lieu de rajeunir les vêtements, on les vieillissait de façon artificielle à chaque passage en machine, et en tant qu'utilisateur, plus on appliquait cette « solution », plus on devait prendre des mesures radicales pour garder une garde-robe à jour. Au bout du compte, il fallait acheter des vêtements neufs parce que les anciens tombaient en lambeaux.
Aujourd'hui, certains services marketing déclarent : « Pas besoin d'ordinateurs, ce qu'il nous faut, ce sont des appareils électroménagers. Fabriquez-nous un ordinateur qui ne permet pas de tout faire, seulement de lancer un programme qui effectue une tâche spécialisée, comme lire de l'audio en streaming, transférer des paquets, ou jouer à des jeux Xbox, et surtout, il ne doit pas faire tourner un programme que nous n'avons pas autorisé et qui risquerait d'amoindrir nos profits. »
En surface, l'idée d'un programme ne servant qu'à une fonction spécialisée n'a rien de farfelu. Après tout, on peut installer un moteur électrique dans un lave-vaisselle, et installer un moteur dans un mixeur, et peu nous importe de savoir si l'on peut lancer un programme de lavage dans un mixeur. Mais ce n'est pas ce qui se produit lorsqu'on transforme un ordinateur en appareil électroménager. On ne fabrique pas directement un ordinateur qui ne fait tourner que l'application de l'« appareil ». On prend un ordinateur capable d'exécuter tous les programmes, puis, grâce à un ensemble de rootkits, d'espiogiciels et de codes de validation, on empêche l'utilisateur de savoir quels processus sont actifs, d'installer ses propres logiciels, et d'interrompre les processus qu'il ne désire pas. En d'autres termes, un appareil électroménager n'est pas un ordinateur réduit à sa plus simple expression, c'est un ordinateur entièrement fonctionnel bourré d'espiogiels.
Nul ne sait concevoir un ordinateur généraliste capable de faire fonctionner tous les programmes sauf ceux qui déplaisent au constructeur, sont interdits par la loi, ou font perdre de l'argent à une entreprise. Ce qui s'en approche le plus, c'est un ordinateur bardé d'espiogiciels, une machine sur laquelle des parties tierces décident de limitations sans que l'utilisateur en soit averti, ou malgré les objections du propriétaire de la machine. Les outils de gestion des droits numériques s'apparentent toujours à des logiciels malveillants.
À l'occasion d'un incident qui a fait couler de l'encre (un vrai cadeau pour ceux qui partage mon hypothèse), Sony a dissimulé des installeurs de rootkits sur six millions de CDs audio, lesquels exécutaient subrepticement des programmes qui surveillaient toute tentative de lire les fichiers sons du CD et les interrompaient. Les rootkits cachaient aussi leur existence en poussant le noyau de l'ordinateur à mentir sur les processus en activité et les fichiers présents sur le support. Et ce n'est pas le seul exemple de ce genre. La 3DS de Nintendo profite des mises à jour de son firmware pour procéder à un contrôle d'intégrité, et vérifier que l'ancien firmware n'a subi aucune altération. Au moindre signe qu'on a mofifié le programme, la console devient inutilisable.
Des défenseurs des droits de l'homme ont tiré le signal d'alarme concernant U-EFI, le nouveau programme d'amorçage des PC, qui restreint votre ordinateur de sorte qu'il n'exécute que les systèmes d'exploitation « homologués », faisant valoir que des régimes répressifs allaient vraisemblablement refuser l'homologation des systèmes d'exploitation qui ne permettraient pas des opérations de surveillance furtives.
En ce qui concerne le réseau, les tentatives de le modeler pour qu'il ne puisse servir à enfreindre le droit d'auteur rejoignent toujours les mesures de surveillance mises en place par des régimes répressifs. Prenons par exemple SOPA, la proposition de loi pour la lutte contre le piratage, qui interdit des outils inoffensifs tels que DNSSec (une suite de sécurité qui authentifie les informations envoyées par un nom de domaine) parce qu'il pourrait servir à contrecarrer des mesures de blocage de DNS. SOPA proscrit également Tor, un outil d'anonymat en ligne soutenu par le Naval Research Laboratory (NdT : laboratoire de recherche de la Marine des États-Unis), et utilisé par les dissidents dans les régimes totalitaires, parce qu'il permet de contourner des mesures de blocage d'adresse IP.
La Motion Picture Association of America (NdT : MPAA, l'organisme qui défend les intérêts de l'industrie cinématographique), un des partisans de SOPA, a même fait circuler un mémo qui citait des recherches avançant que SOPA pourrait fonctionner parce qu'elle s'appuie sur des mesures éprouvées en Syrie, en Chine et en Ouzbékistan. On y expliquait que, ces procédés étant efficaces dans ces pays, ils le seraient aussi aux États-Unis !
On pourrait avoir l'impression que SOPA (NdT : quand ce billet a été écrit, SOPA/PIPA n'avaient pas encore été ajournées suite au blackout) siffle la fin de partie au terme d'une longue lutte au sujet du copyright et d'internet, et l'on pourrait croire que si nous parvenons à faire rejeter SOPA, nous serons en bonne voie pour pérenniser la liberté des PC et des réseaux. Mais comme je l'ai précisé au début de cette intervention, le fond du sujet, ce n'est pas le copyright.
La bataille du copyright n'est que la version bêta d'une longue guerre qui va être menée contre l'informatique. L'industrie du divertissement n'est que le premier belligérant à prendre les armes, et dans l'ensemble, on peut penser qu'elle remporte de belles victoires. En effet, nous voici face à SOPA, qui est sur le point d'être votée, prête à briser les fondements de l'internet, le tout pour protéger les tubes du Top 50, les émission de télé-réalité et les films d'Ashton Kutcher.
En réalité, si la législation sur le copyright va aussi loin, c'est parce que les politiciens ne prennent pas la question au sérieux. C'est pourquoi, au Canada, les Parlements successifs n'ont eu de cesse de présenter des propositions de loi plus calamiteuses les unes que les autres, mais en contrepartie, ces mêmes Parlements n'ont jamais été capables de les voter. C'est pourquoi SOPA, une proposition de loi composée de stupidité à l'état pur et assemblée molécule par molécule pour former une sorte de « Stupidium 250 » que l'on ne trouve normalement que dans le noyau des jeunes étoiles, a vu son examen reporté au beau milieu des vacances de Noël – pour que les législateurs puissent participer à un débat national enflammé sur une question autrement importante, l'assurance chômage.
C'est pourquoi l'Organisation mondiale de la propriété intellectuelle se fait duper et promulgue des lois délirantes et d'une ignorance crasse ; parce que lorsqu'une nation envoie une mission à l'ONU de Genève, ce sont des experts en eau, pas en copyright. Des experts de la santé, pas du copyright. Des experts en agriculture, et toujours pas du copyright, parce que c'est loin d'être aussi important.
Le parlement canadien n'a pas soumis ces propositions de loi au vote parce que, parmi les inombrables sujets que le Canada doit traiter, les problèmes de copyright arrivent très loin derrière les urgences sanitaires dans les réserves indiennes, l'exploitation de la nappe pétrolière d'Alberta, l'intervention dans les frictions sectaires entre francophones et anglophones, la résolution des crises dues aux ressources de pêche, et des tas d'autres problèmes. À cause du caractère anodin du copyright, une chose est sûre : dès que d'autres secteurs de l'économie évinceront les inquiétudes au sujet de l'internet et du PC, on se rendra compte que la question du copyright n'était qu'une escarmouche, pas une guerre.
Pourquoi d'autres secteurs risquent-ils de s'en prendre aux ordinateurs comme c'est déjà le cas de l'industrie du divertissement ? Dans le monde d'aujourd'hui, tout est ordinateur. Nous n'avons plus de voitures, mais des ordinateurs qui roulent. Nous n'avons plus d'avions, mais des machines sous Solaris qui volent, agrémentées d'un tas de dispositifs de contrôle industriels. Une imprimante 3D n'est pas un appareil ménager, c'est un périphérique qui ne fonctionne qu'en étant connecté à un ordinateur. Une radio n'a plus rien du poste à galène d'antan, c'est un ordinateur généraliste qui utilise un logiciel. Le mécontentement que soulèvent les copies non autorisées du dernier best-seller à la mode sera insignifiant comparé aux appels aux armes que créera bientôt notre réalité tissée d'ordinateurs.
Prenons l'exemple de la radio. Jusqu'à présent, la réglementation concernant les radios se fondait sur l'idée que les propriétés d'une radio sont fixées à la fabrication, et qu'il est difficile de les modifier. Il ne suffit pas d'actionner un interrupteur sur votre babyphone pour capter d'autres signaux. Mais des radios logicielles puissantes peuvent servir d'interphone pour bébé, de répartiteur pour services d'urgence ou d'outil de contrôle aérien, simplement en chargeant et en exécutant un logiciel différent. C'est pourquoi la Federal Communications Commission (FCC) (NdT : Commission fédérales des communications) s'est intéressée à ce qui allait se produire lorsque les radios logicielles seraient disponibles, et a organisé une consultation pour savoir si elle devait imposer que toutes les radios logicielles soient enchâssées dans des machines d'« informatique de confiance ». En définitive, la question est de savoir si les PC devraient être verrouillés, de telle sorte que leurs programmes puissent être strictement contrôlés par des autorités centrales.
Là encore, ce n'est qu'un avant-goût de ce qui nous attend. C'est cette année seulement que sont apparues des limes open source pour transformer des fusils AR-15 en armes automatiques. C'est cette année qu'on a créé pour la première fois du matériel libre et financé collectivement destiné au séquençage génétique. Tandis que l'impression 3D donnera lieu à des tas de plaintes sans importance, des juges du Sud des États-Unis et des mollahs iraniens piqueront une crise quand des habitants de leur circonscription modèleront des sex-toys. Ce qu'il sera possible de fabriquer avec les imprimantes 3D, qu'il s'agisse de labos à méthemphétamine ou de couteaux céramiques, provoquera de véritables protestations.
Pas la peine d'être auteur de science-fiction pour comprendre que les régulateurs auront des suées à l'idée que l'on puisse modifier le firmware des voitures sans conducteur, limiter l'interopérabilité des les systèmes de contrôle aérien, ou tout ce qui serait possible d'accomplir avec des assembleurs et séquenceurs moléculaires. Imaginez ce qui se passera le jour où Monsanto décrétera qu'il est primordial de s'assurer que les ordinateurs ne puissent exécuter des programmes grâce auxquels des périphériques produiraient des organismes modifiés qui, littéralement, concurrenceraient leur gagne-pain.
Qu'il s'agisse selon vous d'inquiétudes légitimes ou de peurs insensées, elles restent néanmoins la monnaie politique de lobbies et de groupes d'intérêt beaucoup plus puissants que Hollywood et l'industrie du divertissement. Tous finiront par formuler la même requête : « Fabriquez-nous donc un ordinateur grand public qui exécute tous les programmes, sauf ceux qui nous effraient et nous déplaisent. Fabriquez-nous un internet qui transmet des messages, sur tous les protocoles, d'un point à une autre, sauf si ça nous dérange. »
Parmi les programmes qui tourneront sur des ordinateurs grand public et leurs périphériques, cerains me ficheront les jetons à moi aussi. J'imagine donc sans mal que les partisans d'une limitation de ces ordinateurs trouveront une oreille réceptive. Mais comme cela s'est produit avec la guerre du copyright, interdire certaines instructions, certains protocoles et messages sera un moyen de prévention ou un remède tout aussi inefficace. Comme nous l'avons vu au cours de la guerre du copyright, toute tentative de contrôler les PC mènera à l'installation de rootkits, et toute tentative de contrôler l'internet débouchera sur la surveillance et la censure. Ces questions sont importantes, car depuis dix ans, nous envoyons nos meilleurs joueurs combattre ce que nous prenions pour le dernier boss du jeu, mais il s'avère que ce n'était qu'un boss secondaire. Les enjeux seront toujours plus importants.
Appartenant à la génération Walkman, je me suis résolu au fait que j'aurai besoin d'un appareil auditif pour mes vieux jours. Cela étant, ce ne sera pas un simple sonotone ; en réalité, ce sera un ordinateur. Quand je monterai dans ma voiture – un ordinateur dans lequel je place mon corps – équipé de mon aide auditive – un ordinateur que je place dans mon corps –, je veux donc être certain que ces technologies ne sont pas conçues pour me cacher des informations, ou m'empêcher de mettre fin à un processus qui œuvre contre mon intérêt.
L'année dernière, le secteur scolaire de Lower Merion, dans une banlieue aisée de Philadelphie, s'est trouvé au centre d'un scandale. On a découvert que les établissements distribuaient aux élèves des ordinateurs portables rootkités qui permettaient de procéder à une surveillance furtive et à distance, via la webcam et la connexion réseau. Les machines ont pris des milliers de photos des adolescents, chez eux et en cours, de jour ou de nuit, vêtus ou nus. Dans le même temps, la dernière génération de technologie de surveillance légale peut activer secrètement les caméras, les micros et les émetteurs-récepteurs GPS des PC, tablettes et appareils mobiles.
Nous n'avons pas encore perdu, mais si nous voulons que l'internet et les PC restent libres et ouverts, nous devons d'abord gagner la guerre du copyright. À l'avenir, afin de préserver notre liberté, nous devrons être en mesure de contrôler nos appareils et d'établir des réglementations sensées les concernant, d'examiner et d'interrompre les processus logiciels qu'ils exécutent, et enfin, de les maîtriser pour qu'ils restent d'honnêtes serviteurs de notre volonté, au lieu de devenir des traîtres et des espions à la solde de criminels, de bandits et de maniaques du contrôle.
[1] Crédit photo : Francis Mariani (Creative Commons By-Nc-Nd)
On n'a pas le temps de souffler. Après SOPA, c'est ACTA qui est à repousser et avec la plus extrême vigueur. Pourquoi ? Vous le saurez en creux en parcourant ce court et percutant billet de Rick Falkvinge (que l'on traduit souvent actuellement).
Vous le saurez aussi et surtout en vous rendant sur la rubrique dédiée de La Quadrature qui nous fournit une excellente boîte à outils de résistance et mobilisation (sans oublier la pétition en ligne qui témoigne bien de la colère qui gronde).

The only thing you need to know about ACTA
Rick Falkvinge - 28 janvier 2012 - Blog personnel
(Traduction Framalang/Twitter : kamui57, Cubox, Céline, Lamessen, NandS, eyome, HgO, Adrien)
ACTA a finalement repris de l'élan. Mais dans un document si conséquent, alambiqué et délibérément complexe, comment pouvez-vous déterminer vous-même s'il est bon ou mauvais ? Il existe une façon très simple de le dire.
La façon la plus simple de déterminer la nature d'ACTA ne se base pas sur le document lui-même, mais sur le comportement des gens le défendant.
Tous les acteurs, nous poussant et nous précipitant vers cet accord, ont insisté sur le fait qu'il ne changerait rien et, notamment, qu'aucun changement législatif ne serait nécessaire (en dehors de changements mineurs liés à la loi sur les marques, comme en Suède), et insistent surtout pour dire que ce n'est pas très important.
Par ailleurs, ces acteurs font pression de toutes leurs forces pour le faire passer. Ainsi, la principale question qui en ressort fait tâche :
Si l'ACTA ne change rien, pourquoi forcent-ils son passage comme si leur vie en dépendait ?
Et cette contradiction en elle-même suffit à démasquer l'ensemble de l'ACTA et ce que cela représente. Il a été négocié en secret par l'industrie du droit d'auteur et par les autres monopoles. Même maintenant, alors que les législateurs sont amenés à voter ce texte, il ne leur est pas laissé la possibilité de comprendre exactement ce que dit ce document – car beaucoup de nouvelles règles y sont définies mais ne sont valables que pour des protocoles d'échanges commerciaux. Ces derniers restant, néanmoins, secrets.
Si l'industrie du droit d'auteur fait pression de tout son poids pour faire passer quelque chose alors même qu'elle prétend que cela ne change rien, que pensez-vous que cela implique ?
C'est cette industrie qui pense qu'il est convenable pour les législateurs de leur donner le pouvoir de détruire un concurrent légal se trouvant à l'étranger, en supprimant ses revenus, son site web et ses publicités, simplement en le pointant du doigt.
C'est cette industrie qui trouve normal de pouvoir demander à se trouver en tête des résultats des moteurs de recherche, et de laisser “les miettes” à ses concurrents gratuits sous couvert de la loi.
C'est cette industrie qui demande sous la menace de la loi – une industrie privée – de mettre sur écoute électronique une population entière, seulement pour voir si des gens font quelque chose qu'elle n'apprécie pas, et dans ce cas, de couper à volonté les communications de cette population.
C'est cette industrie qui fait valoir que les citoyens devraient être activement empêchés d'exercer leurs droits fondamentaux, comme la liberté de parole et d'expression, si cela risque d'empiéter sur son business.
C'est cette industrie qui pense qu'il est raisonnable de condamner un petit faiseur de Karaoke à 1,2 millions de dollars (3 000 000 €). Oh, et une grand-mère morte.
C'est cette industrie qui utilise la pédopornographie comme bouc émissaire de sa propre censure, et qui finalement choque les jeunes et favorise l'abus d'enfants.
C'est cette industrie qui a installé des rootkits sur les CD musicaux des gens et a pris le contrôle total de leurs ordinateurs, de millions d'appareils – comprenant les webcams, les microphones, les fichiers sur le disque dur, tout. Ils se sont maintenant introduits chez nous et y ont leurs yeux et leurs oreilles.
C'est cette industrie qui, une fois que vous la pensez au fond du gouffre tant moralement qu'humainement, revient sans cesse, avec de nouvelles façons créatives de vous surprendre.
Si cette industrie veut voir appliquer ce texte législatif incroyablement mauvais. Si elle se bat pour lui comme pour sa propre vie tout en prétendant que ce n'est pas très important. Si elle se bat sans expliquer aux législateurs en quoi consiste le texte. Cela devrait suffire à n'importe qui pour réaliser que c'est un sombre concentré d'horreurs. Attendez-vous à ce que l'ACTA légalise des pratiques semblables aux exemples précédents. Et encore plus. Attendez-vous à voir pire, bien pire que SOPA.
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